L'utopie urbaine en Chine : rendre la ville habitable

Résumé : Depuis le milieu du XXème siècle et l'avènement de la République populaire, en 1949, le regard porté sur le phénomène urbain en Chine opère une sorte de va-et-vient entre utopie et dystopie. Dans un article publié en 1974, le géographe Pierre Gentelle souligne : « L'intérêt unique du problème urbain en Chine, aujourd'hui, vient de ce que l'une des plus vieilles civilisations urbaines du monde remet en cause, dans les esprits comme dans la pratique, le fait urbain dans son ensemble ». Impressions de voyages Les récits, carnets et journaux de voyage, notamment des intellectuels français, éclairent ce mouvement d'attraction/répulsion. Ce n'est pas leur caractère utopique ou contre-utopique qui nous intéresse ici 1 , mais le regard posé sur la ville à travers ces textes. Tel celui de la philosophe et romancière Simone de Beauvoir, qui découvre la Chine de La Longue marche en 1955. Visitant Pékin, au cours de ce voyage-considéré par Denis Charbit comme un "Voyage en Utopie » 2-, elle observe que le centre de la ville est « un pôle non pas attractif, mais répulsif. (…) Il manifeste positivement que la ville est née non des besoins d'une population mais du décret d'un autocrate. » 3 La ville n'est pas un lieu de convergence mais un lieu d'interdiction, de séparation, de dispersion. Ce qui confirme qu'elle ne fut pas comme en Occident le lieu de l'affranchissement, de la liberté, mais le siège des mandarins sans autonomie administrative, opposée au village plus autonome, selon la formule de Max Weber. Dans son livre paru en 1973, Quand la Chine s'éveillera, le ministre Alain Peyrefitte surenchérit. Pour lui, la Cité interdite est tout un symbole : « C'est bien de la Cité Chine que l'accès était interdit à la masse des chinois ». 4 Pour le romancier et diplomate Pierre-Jean Rémy, dans son roman Chine (1990), Pékin est une ville faite de cours inaccessibles, de portes « souvent barrées d'un mur placé en quinconce », d'une colline fermant la Cité, de murailles hautes, en un mot elle est un univers de signes ressemblant à « quelque gigantesque échiquier ». Une « ville close » 5. A cette vision dystopique du passé impérial, l'écrivain et poète Claude Roy opposait, en 1953, la renaissance urbaine générée par la révolution chinoise : « Lao She, l'auteur de l'admirable roman Coolie Pousse, m'explique ce que la Libération a apporté à Pékin : 600 000 maisons de plus qu'en 1941 ont l'eau courante, (…) 500 dispensaires de quartiers ouverts, les barbelés qui interdisaient le Quartier des Légations abattus. (…) Pékin avait plus de saveur peut-être quand Paul Morand y séjournait. Les rues y sont propres, nettes, tandis que hier Paul Morand (écrivain et amateur de vitesse automobile, nda) constatait : « Il faut mettre en première, écraser des tonnes d'ordures, des tas de plâtres, des lacs de boue … » (…) Où sont les neiges d'antan ? Le camarade soleil les a fait fondre.
Type de document :
Communication dans un congrès
Connaissance, Gouvernance et Objectifs de la Ville Durable en Asie, Colloque international et interdisciplinaire, Jan 2017, Lille, France
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Contributeur : Catherine Bernié-Boissard <>
Soumis le : lundi 4 décembre 2017 - 15:57:52
Dernière modification le : jeudi 7 décembre 2017 - 11:40:02

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Catherine Bernié-Boissard. L'utopie urbaine en Chine : rendre la ville habitable . Connaissance, Gouvernance et Objectifs de la Ville Durable en Asie, Colloque international et interdisciplinaire, Jan 2017, Lille, France. 〈halshs-01655071〉

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